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Le site de Combourg, une large vallée aux pentes douces protégée par deux lignes granitiques, a depuis toujours été ressenti comme un lieu propice à la vie et aux activités humaines. On n'a pas encore découvert de trace des premiers chasseurs nomades du paléolithique (âge de la pierre taillée) ; ces derniers n'étaient pourtant pas absents de la région comme le prouve le gisement découvert au Mont-Dol, à 19 kilomètres au nord. Ces hommes, des néandertaliens qui vivaient il y a plus de 100 000 ans, occupaient des abris rocheux et chassaient de très gros gibiers : mammouths, rhinocéros laineux, ours des cavernes, rennes et cerfs géants. Le climat, alors, était très rude et les paysages étaient surtout formés de steppes avec toutefois une végétation plus verdoyante dans les dépressions. On peut donc imaginer la vallée du Linon comme une zone privilégiée qui devait être giboyeuse. Nul doute que les premiers chasseurs de la région, à ces époques reculées, ne l'ignoraient pas.
Les premiers signes tangibles d'une occupation humaine dans le pays de Combourg remontent à l'époque néolithique (âge de la pierre polie), qui s'étend du 5 ème au 3 ème millénaire avant notre ère. Les hommes, alors, ne sont plus des chasseurs - cueilleurs nomades mais des agriculteurs - éleveurs sédentaires. Ils habitent des villages de bois et de torchis, cultivent des céréales et des légumes et élèves des moutons et des chèvres, des boeufs et des porcs. Ils pratiquent la poterie et le tissage . La présence à cette époque d'une communauté humaine permanente dans la vallée du Linon est prouvée par les restes d'un monument mégalithique, l'allée couverte de Chevrot. Il s'agit d'une sorte de dolmen, maisd ont le couloir d'accès et la chambre sont confondus en une salle allongée. Le monument combourgeois est entièrement ruiné, mais on peut se représenter son aspect primitif en regardant la belle allée couverte de Tressé à 12 kilomètres au nord - ouest. Les allées couvertes sont des tombes collectives ; elles signalent l'existence d'un village à proximité. Celui - ci n'a pas encore été localisé. La vie des hommes qui l'habitaient est cependant évoquée par de magnifiques haches de pierre découvertes dans les environs.
Nous faisons maintenant un saut dans le temps et arrivons aux périodes gauloise et gallo - romaine, c'est à dire les époques qui encadrent la conquête de la Gaule (de 58 à 51avant Jésus - Christ). De la première, Combourg a conservé un élément ineffaçable, son nom. Celui - ci, qui s 'écrivait autrefois Comborn, est composé de deux mots gaulois : « cumba »qui signifie « vallée » et « bodina » qui signifie « frontière » et a donné le mot français « borne ». Ce nom s 'explique par la géographie politique. La Gaule était en effet divisée en « cités », territoires comparables à nos départements ou à nos régions. La Bretagne actuelle en comptait cinq: celle des Osismes ( capitale: Vorgium = Carhaix), celle des Vénètes (capitale : Darioritum = Vannes), celle des Namnètes ( capitale : Condevienum = Nantes), celle des Coriosolites (capitales: Alet = Saint Servan, puis Fanum Martis = Corseul sous la domination romaine, puis à nouveau Alet au 4 ème siècle) et celle des Riedones ( capitale: Condate = Rennes). Combourg se trouvait à la frontière des Riedones et des Coriosolites, d'où la formation de son nom, « vallée - frontière ».
La situation de Combourg à la frontière de deux cités en faisait un lieu d'autant plusimportant qu'il se trouvait sur un axe routier stratégique, la voie romaine qui reliait Neodunum (Jublains dans la Mayenne) à Vorgium (Carhaix dans le Finistère); cette routeétait donc une sorte de grande rocade régionale. Elle passait au sud de l'étang et franchissait la vallée au gué de Margatte. Toutes les conditions étaient ainsi réunies pour faire de Combourg un pôle économique, lieu d'échanges et de marchés. La prospection archéologique le confirme: la partie ouest de la commune actuelle renfermait plusieurs villas, têtesd'exploitations agricoles, et des centres d'artisanat; on a pu ainsi déceler un atelier de tuilerie (les Champs - Moitaux), mais aussi quatre fonderies de fer, témoins d'une activité métallurgique intense. A l'est existait un « vicus » ( village) dont l'ampleur est attestée par le repérage de six gisements archéologiques considérables. La prospection par photographies aériennes a également permis de découvrir à la Haute - Boissière un temple composé d'une « cella » (chambre centrale) entourée d'une galerie couverte utilisée pour les processions rituelles. La présence de ce monument peut laisser supposer qu'il existait aussi d'autres éléments d'équipement collectif, thermes et théâtre par exemple, qui restent à découvrir.
Après l'éclatement de l'Empire romain, l'histoire de Combourg, faute de documents ecrits, reste mystérieuse jusqu'à la fin du premier millénaire. La toponymie (les noms de lieux), qui conserve de nombreuses formes celtiques (racines Tre..., Lan ... ) , montre un renouveau du peuplement en Combournais lors de l'arrivée des Celtes insulaires immigrant d'outre - Manche aux 5 ème et 6 ème siècles. On peut supposer, vers les mêmes époques, unechristianisation précoce, dans la mouvance des métropoles chrétiennes, Rennes diocèse gallo- romain, Alet évêché probable depuis le 4 ème siècle, et Dol fondée dans les années 550-560. La tradition locale attribue d'ailleurs l'évangélisation de la région à Saint Lunaire,contemporain de Saint Samson, le créateur du diocèse de Dol.
La fin du premier millénaire est pour le Combournais une période obscure pour laquelle nous ne disposons d'aucun document. On peut seulement supposer que notre région n'échappa pas aux raids vikings qui dévastèrent la Haute - Bretagne du 8 ème au 10 ème siècles. La vie, cependant, continuait. Nous savons qu'à ces époques des moines s'installèrent à Combourg. Le quartier de l'église porte le nom de « Moustiers » ( du latin « monasterium »), qui n'a plus guère utilisé après le 9 ème siècle. Une autre présence monastique est d'ailleurs attestée non loin de là par un texte du 9 ème siècle qui mentionne le monastère de Tre -Maoc, aujourd'hui Trémeheuc. Après l'an mil, notre connaissance de Combourg émerge des brumes de l'histoire non écrite. Le maître des lieux est alors le comte de Rennes et duc de Bretagne Alain III . Celui -ci, pour asseoir son autorité dans la partie nord de son domaine, place dans le « pays d'Alet »- c'est à dire la région de Saint - Malo - une famille vicomtale à laquelle il distribue des fiefs: l'aîné, Haimon, devient vicomte du « pays d'Alet » ; un de ses frères, Josselin, se voit confierl a seigneurie de Dinan ; un autre, Junguenée, est fait archevêque de Dol. Vers 1040, ce dernier, désireux de s'assurer un protecteur laïc offre à son neveu Rivallon, surnommé Vieille-Chèvre, fils cadet d'Haimon, un fief important groupé autour de Combourg et lui confie le commandement militaire de la seigneurie épiscopale de Dol. Rivallon devient ainsi l'un des plus importants seigneurs bretons. Il lui revient notamment de protéger la frontière nord - est du duché, zone toujours sensible en raison du caractère impétueux des voisins, les bouillants ducs de Normandie.
Cette mise en place d'un pouvoir féodal puissamment structuré se traduit, dans l'organisation du territoire, par la création de petites seigneuries vassales dont subsistent aujourd'hui encore quelques témoins : le Combournais conserve quelques mottes féodales, buttes artificielles qui supportaient à l'origine des tours de bois. Elles surplombaient généralement une basse-cour, close de remparts de terrassement garnis de palissades, qui renfermait les bâtiments de service. Le château de Rivallon lui-même, construit vers 1040-1050, devait être lui aussi de ce type. On ignore s'il occupait l'emplacement du château actuel, site d'éperon barré triangulaire protégé sur deux côtés par des pentes abruptes et sur le troisième par un fossé, ou s'il se trouvait dans la zone qui correspond aujourd'hui à la queue de l'ét ang: dans cette zone, deux parcelles qui émergent du marais portent les noms de la « Motte» et la « grande Motte ». Il peut s'agir de l'empreinte du château primitif ou de celle d'une fortification annexe destinée à protéger et contrôler le gué de Margatte.
Un autre souvenir subsiste de cette époque de la fondation du Combourg féodal: vers 1065, Rivallon offrit à l'abbaye bénédictine de Marmoutiers (près de Tours) un terrain et une église déjà existante à l'ouest du château actuel pour y établir un prieuré consacré à la Sainte-Trinité. Il imitait en cela nombre de seigneurs bretons qui, à la même époque, faisaient venir des moines des grandes abbayes de la Loire, pour assurer la remise en ordre de la région, appauvrie et désorganisée depuis deux siècles par les exactions des Vikings. C'était là un geste à caractère à la fois politique et économique car, dans le contexte de cette période, édifier un sanctuaire revenait à donner naissance à un hameau ou un village et, par conséquent, à un espace de travail, de production et donc de revenus pour le suzerain. Effectivement, le prieuré donna naissance à un quartier (appelé aujourd'hui quartier de l'Abbaye) et son église fit longtemps office de sanctuaire paroissial pour cette partie de la ville, concurremment avec l'église Sainte-Marie. De cet établissement, qui vécut jusqu'à la Révolution, subsistent de beaux bâtiments classiques et quelques arcades romanes de l'église,sans doute construite au milieu du 11ème siècle.
Avec le château et le prieuré, l'église Sainte-Marie ( aujourd'hui Notre-Dame) constituait l'un des centres du village . Elle était d'origine très ancienne comme le signale le nom du quartier du Moustiers qui indique l'époque carolingienne ( 9 ème siècle). La moitié des biens qui en dépendaient avait été offerte par Rivallon à l'abbaye de Marmoutiers en même temps que le Prieuré. L'autre moitié appartenait en propre à dynastie de prêtres, curés de père en fils. L'un d'eux, appelé Hamon, était marié à une femme noble nommée Orvenn qui se donnait le titre de « prêtresse » ; ils étaient fiers de leurs nombreux enfants, dont ils aimaient être toujours entourés. Cette curieuse situation, qui dura jusqu'au début du 12 ème siècle, n'était pas un cas isolé à l'époque. Elle témoigne des usurpations des biens d'église par des familles privées à l'occasion des troubles provoqués par les ravages des Vikings. L'implantation particulière des trois centres de Combourg, église, château et prieuré, tels qu'ils furent définis au 11 ème siècle, est toujours perceptible aujourd'hui dans l'urbanisme de la ville. Combourg, en effet, ne s'organise pas comme une cité groupée en cercle autour d'un noyau unique, mais comme une juxtaposition linéaire de quartiers hérités de cette époque. Ce sont en fait trois villages alignés correspondant à la zone de l'église, à la place centrale et au hameau de l'Abbaye. Cette disposition très particulière a été d'ailleurs accentuée dans les siècles suivants, en particulier au 19 ème lorsque la gare a généré un quatrième pôle de peuplement et d'urbanisme, prolongeant encore l'étirement est-ouest de la ville selon une logique presque millénaire.
L'importance politique et stratégique de la seigneurie de Combourg, aux marches du duché de Bretagne, valut à notre région, du 11 ème au 15 ème siècle, des épisodes guerriers sanglants, liés aux grandes rivalités de pouvoir des dynasties régnantes. En 1065, Rivallon, seigneur de Combourg, prit la tête d'une ligue dirigée contre le duc de Bretagne Conan Il et fit appel à l'aide de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie. Après avoir été assiégé à Dol, Rivallon fut attaqué à Combourg par l'armée de Conan Il qui, après trois jours de siège et de bataille, réussit à prendre le château. Un siècle plus tard, en 1164, un autre seigneur de Combourg prit une part active à une révolte dirigée contre le duc Conan IV. Ce dernier appela à son secours Henri II, duc de Normandie et roi d'Angleterre. Une armée anglo-normande entra alors en Bretagne et s'empara de Combourg au mois d'août 1164. Le seigneur du lieu ne put récupérer la ville et le château qu'en 1173, usant pour cela, disent les chroniques, de « prière et d'argent » plus que de bataille.
Soixante ans après, Jean III de Dol-Combourg fut, conformément à la tradition familiale, l'un des animateurs d'une révolte contre le duc de Bretagne Pierre Mauclerc qui avait entrepris de réduire à l'obéissance les grands barons bretons (1233). Le duc envoya alors son chevalier Robert de Potel rappeler à l'ordre l'indiscipliné Jean III : à deux reprises, la ville et le château furent pillés et livrés aux flammes, et le prieuré lui - même ne fut pas épargné. C'est à la suite de ces incendies que fut édifié un nouveau château, non plus en bois, mais en pierre, et dont la pièce maîtresse était un énorme donjon circulaire. Ce dernier existe toujours: c'est aujourd'hui la tour nord-est du château actuel, que l'on connaît sous le nom romantique de «Tour du More ».
Aux 11 ème , 12 ème et 13 ème siècles, des batailles avaient donc régulièrement ensanglanté la région. Cela n'était rien, toutefois, à côté des drames qui devaient marquer le 14 ème siècle. Les bretons, en effet, durent à cette époque affronter une double guerre. La première fut la Guerre de Cent Ans qui, de 1337 à 1453, opposa la France et l'Angleterre avec pour enjeu le trône royal français. Mais à l'intérieur de ce vaste conflit entrecoupé de périodes de trêves, une autre guerre éclata, plus locale et plus brève, mais aussi incomparablement plus violente : en 1341, le due de Bretagne Jean III mourut sans héritier et sa succession fut disputée entre sa nièce Jeanne de Penthièvre, épouse de Charles de Blois, et son demi-frère Jean de Monfort. Les deux partis firent de la Bretagne le champ - clos d'une guerre civile qui ne devait prendre fin qu'en 1364 et où s'affrontaient indirectement l'Angleterre qui appuyait Jean de Monfort et la France qui soutenait Charles de Blois.
Le seigneur de Combourg, Jean de Tinténiac, était l'une des plus hautes figures du parti Blois. Au célèbre combat singulier de Mi - Voie (1351), qui opposait trente chevaliers bretons à trente chevaliers anglais, il tua le chef de ces derniers, Bembro, d'un coup de masse d'armes tel «qu'il écrasa comme un limas ( escargot) sa tête et son casque à la fois ». Il fut tué l'année suivante à la bataille de Mauron. Peu après, la région proche fut le siège de plusieurs batailles et escarmouches: les anglais, qui venaient de perdre le château de Landal,battirent à Combourg en 1354 un corps d'armée français commandé par Anioul d'Audrehem, maréchal de France. Quelques temps plus tard, Bertrand du Guesclin défit à Montmuran une troupe anglaise commandée par Calverly, capitaine de Bécherel, qui tentait d'attaquer le château où Jeanne de Dol, dame de Combourg, offrait une réception. En 1360, du Guesclin tenait de nouveau la campagne combourgeoise et capturait dans les landes voisines trois importants capitaines de l'armée anglaise. Quelques reliefs à peine perceptibles, sur le bord de la route de Saint-Domineuc, gardent la trace de ces épisodes et révèlent le souvenir d'un ancien retranchement: la tradition leur a conservé le nom de« Camp du Guesclin », écho de ces péripéties guerrières.
Pendant ce temps, Jean V de Châteaugiron, seigneur de Combourg, guerroyait aux côtés de Charles de Blois, puis, après le mort de ce dernier en 1364, dans la suite du connétable Olivier de Clisson. Son fils Jean VI eut lui aussi une riche carrière militaire : en Italie en 1376, à Saint- Malo assiégé par les anglais en 1378, au château de suscinio attaquépar les espagnols en 1380, dans les Flandres en 1382. C'est à lui que l'on doit les deux tours sud du château et l'aile qui les relie. Jean VII, seigneur de Combourg de 1397 à 1415, combattit sous les ordres du connétable de Richemont et prit Saint-Cloud aux bourguignons ; Il se battit contre les anglais devant Honfleur et périt en 1415 à la bataille d'Azincourt. Son frère Geoffroy fut à la suite seigneur de Combourg : homme de guerre également (il était capitaine de Rennes en 1420), il fortifia puissamment son château qui acquit alors sa physionomie actuelle (construction de la Tour du Croisé et de l'aile vers le parc) ; il mourut en 1463, alors que le moyen âge s'apprêtait à s'effacer et que s'annonçait l'époque moderne. Une dernière date, cependant, est à retenir: le 28 juillet 1488, l'armée du roi deFrance Charles VIII écrase à Saint-Aubin du Cormier les troupes du duc de Bretagne François II, dont l'avant-garde est commandée par Jean de Rieux, seigneur de Combourg. Dans les faits, c'en est fini de l'indépendance de la Bretagne qui devient province française, situation définitivement consacrée par l'acte d'union de 1532.
Après la réunion à la France, l'histoire de Combourg est celle d'une petite ville commerçante et agricole, vivant paisiblement au pied du château une période de relative prospérité. Le portrait en est dressé par un voyageur parcourant la Bretagne en 1636: «Vous trouverez l'estang qui est très long et fort beau, et passant sur la bonde vous voyez comme à la sortie d'elle par un aixeau cest estang laschant son eau fait moudre un moulin. C'est un bourg ayant un seneschal et son alloué. Il y a un château de bonne pierre de grais, à quatre tours rondes, situé sur une motte et bien fermé. Il se boit à Combourg d'excellent cidre... ». Une autre description, des années 1780, nous assure que « quoique cette ville soit dans un fond l'air n'y est pas malsain. Elle est dominée par des coteaux et collines très pittoresques et très agréables. Les maisons sont construites à l'antique et ont presque toutes pignon sur rue. Les vivres y sont abondants et de bonne qualité, les habitants fort gais et très affables. On y remarque une maîtrise particulière des eaux et forêts, une capitainerie des chasses pour tout lecomté, un contrôle des actes et droits y joints, un entrepôt de tabacs, une poste aux lettres et une très belle halle; les décorations de la ville consistent dans un bel étang fort poissonneux,un parc et un mail offrent de belles promenades. Le territoire renfemee de bonnes terres, d'excellents pâturages, beaucoup de hameaux disposés çà et là et des landes très étendues... »
Cependant, un voyageur anglais, à la même époque, présente un pays nettement moins agréable: «jusqu'à Combourg le pays a un aspect sauvage; l'agriculture n'y est pas plus avancée que chez les Hurons, ce qui parait incroyable dans un pays enclos. Le peuple y est presque aussi sauvage que le pays et la ville de Combourg, une des places les plus sales et les plus rudes que l'on pût voir; des maisons de terre sans vitres et un pavé si rompu qu'il arrête les passagers, mais aucune aisance. Cependant il s'y trouve un château et il est même habité.Qui est donc ce M. de Chateaubriand, propriétaire de ce château, qui a les nerfs assez forts pour résister au milieu de tant ordures et de pauvreté ?...». Ces deux textes contemporains l'un de l'autre sont cependant parfaitement contradictoires. En réalité, pour se faire une idée exacte de Combourg au 18 ème siècle, il faut sans doute adopter un moyen terme entre les deux versions.
Il est vrai qu'une certaine pauvreté existait: en 1775, un rapport signale à Combourg 800 misérables hors d'état d'ensemencer leurs terres et pour lesquels on demandait du secours à l'intendant de Bretagne. De grandes épidémies ( fièvre typhoïde et diarrhées cholériformes) faisaient aussi des ravages, notamment en 1760-61, 1773 et 1783. Une des causes en était l'insalubrité de la ville. Un médecin appelé au secours écrivait dans son rapport: « il y a entre chaque maison une ruelle destinée à recevoir des immondices ( en réalité, il s'agissait de vides coupe-feu entre les maisons de colombage) ; il ne peut s'exhaler de pareilles matières si susceptibles de putréfaction que des particules propres à altérer la salubrité de l'air. Les rues y sont très malpropres... ». D'autre part, le réseau routier était insuffisant. La ville était traversée par un seul axe routier, conduisant de Rennes à Dol et Saint-Malo par Hédé, le « grand chemin ». Les liaisons avec l'est et l'ouest n'étaient assurées que par de mauvaises pistes. En particulier, il n'existaitpas de véritable route conduisant à Fougères et Dinan, ce qui pénalisait fortement les activitéscommerciales.
Celles-ci étaient cependant relativement prospères. En témoignait le grand marché hebdomadaire du lundi qui existait depuis aussi longtemps ( presque un millénaire!) que la seigneurie, dont il constituait l'un des premiers droits féodaux. S'y ajoutaient plusieurs grandes foires annuelles ( jusqu'à neuf à certaines époques) dont trois se sont perpétuées jusqu'à nos jours . la Mi-Mai, l'Angevine et la « Queue- en- haut ». En 1779, la population de Combourg comprenait entre 4300 et 6000 âmes. L'essentiele en était, bien sûr, agricole, mais l'artisanat et le commerce y étaient bien représentés. Quatre fabriques de serge (étoffe de laine légère) équipées de métiers fonctionnaient grâce à la laine locale, produisant chaque année 200 pièces de tissu, de 35 mètres de long sur 60 centimètres de large. Douze tanneries travaillaient en partie pour la ville de Saint-Malo et traitaient annuellement 150 peaux de vaches et 150 peaux de boeufs. Le bois, destiné au chauffage ou à la construction, représentait un autre commerce important.
La population du bourg comprenait un grand nombre d'artisans et de boutiquiers.Plusieurs auberges ( la Tête Noire, la Croix d'Or, la Croix Verte, la Bannière) participaient aussi à l'animation commerciale de la ville. Les notabilités combourgeoises étaient surtout des gens de loi, avocats, notaires, procureurs, et des rentiers ou des retraités. Enfin, plusieurs manoirs du voisinage ( le Grand-Val, Trémaudan etc.) étaient habités par des familles de petite noblesse rurale qui, liées entre elles par les alliances matrimoniales, les intérêts et les modes de vie communs, constituaient une micro-société. La relative importance d'une classe sociale aisée de petite bourgeoisie explique le bon niveau général de la population, qui laissent entrevoir les documents d'archives. Ainsi, la déclaration de l'armement dressée en 1792 et conservée dans les archives municipales, montre que chacun possédait des armes, dont de vieilles épées, des sabres et des pistolets, signe social révélateur, et que l'analphabétisme était marginal, la plupart des propriétaires signant leur nom d'une écriture aisée.
La seigneurie de Combourg, depuis sa création, s'était transmise sans interruption par mariage ou héritage. Mais en 1761, Emmanuel de Durfort-Duras, criblé de dettes contractées pour le service du roi, vendit son château et la seigneurie à René-Auguste de Chateaubriand. Ce cadet d'une famille illustre réduite à la misère couronnait ainsi une existence d'aventurier au grand caractère. Son fils puîné, François-René, découvrit Combourg pour la première fois en 1776, il avait alors 8 ans. Le château fut pour lui une maison de vacances jusqu'en 1784.A partir de cette date, il y vécut complètement durant deux années décisives qui, plus tard, devaient marquer d'une empreinte ineffaçable l'homme et son oeuvre. Le premier choc pour l'enfant fut l'apparition du château entre deux futaies, dans la perspective du Grand Mail: une « triste et sévère façade », encadrée par deux grosses tours coiffées en poivrière, « comme un bonnet posé sur une couronne gothique ».
Les « Mémoires d'Outre-Tombe » nous dévoilent dans le détail les fascinations qu'exerça sur l'enfant, puis l'adolescent, cette demeure étrange, peuplée de sombres mystères. Elles permettent de ressusciter l'immense salle où se déroulaient les veillées, autour d'une cheminée maigrement éclairée qui laissait dans l'ombre la plus grande partie de la pièce. Plus puissante encore est la peinture de la petite chambre de François-René, son « donjon » perdu dans une aile lointaine du château, où se mêlaient les murmures des ténèbres, les craquements des murailles et les hurlements du vent dans les galeries des remparts. La véritable chambre de Chateaubriand a disparu lors des restaurations du 19 ème siècle, mais la petite salle perchée au sommet de la Tour du Chat, montrée dans le circuit de visite, permet de recréer l 'ambiance qu'offrait le nid d'aigle du jeune homme.
Il faudrait encore, les « Mémoires d'Outre-Tombe » à la main, parcourir les roselières de l'étang, les chemins creux, les bois et les manoirs voisins pour marcher dans la trace des pas de l'écrivain. La gentilhommière accueillante de Trémaudan n'est plus qu'une grande carcasse poignante abandonnée. Mais quelques endroits offrent encore aujourd'hui la possibilité de telles promenades en quête de souvenirs et de sensations littéraires. L'un des plus secrets, et sans doute des plus immuables dans son pittoresque, sauvage est l'affleurement granitique des crêtes de Riniac, à trois kilomètres de Combourg: «au nord du château s'étendait une lande semée de pierres druidiques ; j'allais m'asseoir sur une de ces pierres au soleil couchant... » Rien n'a changé depuis sur ces sommets râpés où les rochers dressés ressemblent en effet à de mystérieux monuments mégalithiques. Chateaubriand ne revit ensuite Combourg que quatre fois, au cours de brefs passages: en 1786 à la mort de son père, l'année suivante lors d'une visite à sa mère, en 1791 sur la route qui le conduisait à Saint-Malo pour embarquer vers l'Amérique, puis, enfin, en 1801, où il découvrit la vieille forteresse dévastée. La Révolution, en effet, était passée par là. Les habitants de Combourg, pourtant, n'étaient pas en 1789 des réformateurs virulents. Dans leur cahier de doléances, ces bourgeois pacifiques ne souhaitaient pas d'autre bouleversement qu'une amélioration des revenus de leur curé et surtout la création d'une grande route de Fougères à Dinan pour « exporters de leur terre et de leur industrie ».
Mais bientôt les vieux cadres administratifs et juridictionnels furent supprimés: comté, sénéchaussée et province. Combourg devint une commune et un chef-lieu de canton du district de Dol, dans le département d'Ille et Vilaine. Les municipalités successives qui eurent à administrer la ville furent toujours des plus modérées, suivant en cela la tendance générale de la population. Un noyau révolutionnaire dur existait cependant, formé surtout d'hommes de loi acquis aux idées nouvelles et dirigé par le procureur Yvon Ramard. Le château,symbole de l'ordre ancien et des moeurs féodales fut sa cible principale: les vitraux furent brisés à coups de pierres ou de fusil et la cave, que le père de l'écrivain avait abondamment garnie, pillée en grande partie. Au plus fort de la terreur, tandis que Jean-Baptiste de Chateaubriand, frère ainé de François-René, montait sur l'échafaud à Paris avec sa femme et ses beaux-parents, le château fut confisqué et son mobilier vendu aux enchères pour une somme de plus de 8000 livres. On fit un feu de joie des archives de la seigneurie et un petit groupe d'exaltés, sous la conduite d'Yvon Ramard s'en alla déterrer le corps de René-Auguste de Chateaubriand qui fut brûlé auout du bout du Grand Mail. En 1796, le domaine fut toutefois rendu aux héritiers de Jean-Baptiste de chateaubriand.
Le principal point d'agitation dans la population fut d'ordre religieux. Le clergé Combourgeois refusa le serment exigé par la constitution civile et , soutenu par les habitants qui dressèrent des pétitions réclamant son maintien, conserva la même attitude rigide jusqu'en avril 1792, où le curé et les vicaires durent se réfugier à Jersey. Le curé constitutionnel désigné alors fut très mal accepté par les combourgeois qui se déplacèrent en masse pour assister aux offices à Saint-Léger-des-Prés. Quant aux célébrations des sacrements, elles furent assurées clandestinement par un prêtre de Bazouges protégé par une escorte de chouans. Il fallut attendre 1803 pour que, les esprits calmés, l'ancien curé de Combourg puisse reprendre ses fonctions. A partir de 1794-1795, la région de Combourg fut aussi touchée sporadiquement par les troubles contre-révolutionnaires. De petites bandes de chouans multiplièrent des actions ponctuelles et violentes : assassinat de patriotes, pillages de biens appartenant à des républicains, mise à bas d'Arbres de la Liberté. Elles opérèrent même une attaque en règle de la ville, le 5 janvier 1796, au cours de laquelle la garde surprise fut désarmée, la caisse municipale pillée de 40 000 francs et l'un des principaux leaders républicains fusillé. Ledistrict demanda aussitôt et obtint un renfort de 150 hommes pour défendre Combourg, point stratégique empêchant la jonction des chouans du Morbihan avec ceux de Normandie.
Passés les troubles de la Révolution, les Combourgeois se rallièrent de bonne grace à tous les régimes qui se succédèrent au long du 19 èrne siècle : Empire, Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire, République ... Mais si l'on peut voir là une sorte d'apathie politique, il ne faut pas penser que les habitants de la ville se désintéressaient des affaires publiques. En effet, le 19 ème siècle fut celui des grands changements et de l'entrée de Combourg dans le monde moderne.
Les conseils municipaux successifs s'attachèrent d'abord à résoudre ce qui avait été un des problèmes principaux aux siècles précédents : le désenclavement. La grande route de Fougères à Dinan, réclamée dans le cahier de doléances de 1789, fut tracée en 1840, faisant de Combourg le point central de deux grands axes, l'un nord-sud, l'autre est-ouest. En 1843 fut établie la route de Lanhélin, permettant de gagner Saint-Malo sans passer par Dol, puis celle de Saint-Léger-des-Prés et celle de la Chapelle-aux-Filtzméen. En 1856, le conseil municipal mit en route les procédures pour rattacher Combourg à la ligne de chemin de fer de Rennes à Dol. Le projet prévoyait une gare non loin de l'église, ce qui provoqua une forte campagne de protestation de la bourgeoisie locale: outre le désagrément dû au bruit et à l'agitation, elle craignait un relâchement des moeurs par l'arrivée en ville de « femmes de mauvaise vie ». La gare fut donc construite à 2 kilomètres à l'est, malgré les efforts du maire et de son conseil, en 1860. La ville elle-même subit de profondes transformations. En 1845, la rue principale et la place centrale firent l'objet d'un plan d'alignement qui fit disparaitre presque toutes les vieilles façades de colombage. En 1880 fut tracé le Boulevard du Nord (aujourd'hui Boulevard du Mail), en 1886 la Rue de la Poste (aujourd'hui Rue des Sports) et en 1906 la rue de la Mairie. Le centre ville fut électrifié en 1895 (sauf le quartier de la gare qui du attendre 1934).
La vieille église, dont les parties les plus anciennes remontaient à l'époque romane, fut démolie en 1859 et remplacée par un vaste édifice néo-gothique terminé en 1885. Parallèlement à cette construction, un hôpital fut fondé en 1876 entre la ville et le quartier de la gare, par le curé de Combourg qui en confia l'administration aux soeurs de la Providence de Saint-Brieuc. Cet établissement, modernisé à plusieurs reprises, existe encore de nos jours. Au 19 ème siècle sont imputables également plusieurs créations d'écoles. La première fut fondée en 1824 et installée près de l'église. Suivirent une école de filles construite en 1840 (bâtiment actuel de la poste) puis en 1875 l'école de la place Piquette. Le collège Saint-Gilduin, lui, fut crée en 1890, tandis que l'on construisait un pensionnat dans le centre ville,inaugurée en 1891 (aujourd'hui école Saint-Anne). Il faut encore mentionner l'école maternelle de la Rue des Sports (1885) et les quatre écoles de hameaux (la Galonnière,Tervaux, Vauluisant, la Haye) dont la construction fut décidée en 1886.